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Publié par Roldan

« Un mouchoir noué trois fois amène le vent que les marins désirent. »

(Extrait de mon livre le bateau et moi disponible sur Kindle). Je ne vais pas vous mentir. On m’a traité de marin d’eau douce. C’était, il y a longtemps. J’avais oublié. Je suis né susceptible, alors je n’ai pas aimé. J’ai pris çà pour une offense personnelle. Surtout de la part de Robin qui le chantonnait avec son air de con, lui, qui n’a jamais mis les pieds sur un bateau. L’histoire que vous allez lire est bien réelle, j’ai juste changé les noms. Petit, j’ai vécu au bord de la mer, mais d’accord jamais plus loin que la bande de rochers à marée basse. Gamin, j’ai navigué sur la Loire, les lacs et les étangs, à bord d’un radeau bricolé avec un manche à balai et un drap en guise de voile. On a bien rigolé. C’était la belle époque. Jeune, on ne m’a jamais proposé de régater en Optimist. Désolé, je n’ai jamais navigué non plus en club ni en compétition, comme beaucoup de marins façonnés pour les Jeux olympiques ou la coupe de l’America. En famille, on faisait du ski nautique. Encore une fois, je n’ai pas dépassé la limite de l’estuaire et, avec un voilier, je me suis planté lamentablement sur une berge, comme disent les mariniers, à manger des moules et à bouffer de la lune. Une métaphore de Robin qui a fait rire les filles du club. Je n’ai pas aimé. Je l’ai frappé avec une godille. Bien mérité. Ado, j’ai pris des cours de voile en Caravelle puis en Laser sur un lac pas plus grand que la place de la Concorde, sur lequel j’ai tourné en rond à l’image des grands navigateurs autour de la terre. Vous allez me dire que ça a vraiment peu d’importance. C’est vrai. La passion pour la mer est arrivée plus tard et par hasard. A Pornic, mon école. A Brest, dans la marine. Au chantier Jeanneau pour mon métier. Alors, je me suis alors initié aux calculs de marée, à la connaissance des codes des signaux de brume, de jour comme de nuit. J’ai pris les choses sérieusement en maîtrisant parfaitement les scintillements des feux, les éclats de neuf secondes d’un phare au milieu de nul part. Je me suis entraîné des mois en alignant un cap à suivre au crayon de bois sur une carte marine, j’ai appris par cœur la réglementation des abordages en mer pour effacer cette étiquette de marin d’eau douce. Je vois déjà la question légitime qui taraude votre esprit malfaisant. Mais quelle sorte de marin êtes-vous ?

 

Le meilleur résumé pour qualifier mes aptitudes d’un vrai ou d’un mauvais marin est de les comparer à d’autres amateurs et de se mettre à leur place. Il y a l’inconscient qui part en mer avec un bateau en désordre sans vérifier sa navigation, qui compte sur le GPS de son téléphone pour savoir où il se trouve mais a oublié de le charger, qui n’a rien à manger mais qui a planqué une bouteille de scotch pour l’apéro. Il y a le frimeur qui veut impressionner son monde avec son bateau à moteur tape à l’œil en forme de cigare coloré, paré de dessins en forme de zèbre comme un tatouage sur la coque. Quand il faut partir du ponton, le bracelet et la chaînette en or luisante, il fait ronfler les échappements libres et se vante d’avoir atteint les 45 nœuds entre Cannes et Saint-Trop ! Ce gars là n’est pourtant pas mauvais. En cas de panne, il est prêt à prendre la caisse à outils pour réparer en quinze secondes chrono un injecteur bouché. Il est vif quand il faut se dépatouiller d’une grosse galère. Il a le bon geste et ne panique pas pour ramener son équipage féminin à bon port. Il y a la petite bande de copains, de jeunes cadres dynamiques et le bon rigolard qui louent des bateaux à moteur pour boire des bières au mouillage en écoutant de la musique à fond. Ils aiment impressionner les filles en sautant à l’eau en forme de bombe et montrer leurs biceps sur les coussins avant conçus pour la bronzette. Il y a le prudent qui prend soin de mettre des piles dans les lampes avant de partir, vérifie cinq fois les gilets de sauvetage, jette un coup d’œil tous les quarts d’heure sur la jauge à essence, interdit formellement de fumer à bord, fait le plein du frigo de boissons et de chocolat pour la journée comme s’il partait pour une traversée de l’atlantique. Il y a le méthodique rigide qui organise les places à bord. Il demande de se taire quand il manœuvre. Il râle un grand coup quand il croise un autre bateau qui ne lui laisse pas la priorité. Il revient toujours à la même place de port où ses amarres sont préréglées. Et puis, il y a le maniaque, solitaire qui part avec son chien pour traquer le bar dans la houle de la passe des Béniguets. Personne n’a le droit de monter à bord sans sa permission sinon le chien aboie fortement. Il ne part jamais en mer sans suivre d’autres bateaux amis au cas où il lui arriverait une panne ou une avarie. Il n’y a pas de place au hasard. Chaque geste est précis. Il a éprouvé sa méthode pour mouiller à l’abri du vent. Il ne dépasse pas sa vitesse de croisière. Sa marotte pour éviter le pire s’il ne connaît pas bien l’endroit consiste à rester à portée de vue de la côte avec le numéro de la SNSM, société de sauvetage en mer, gravée sur le bois, ça rassure tout le monde. Il y a aussi le régatier qui n’y connaît rien en mécanique et la pêche sportive, mais qui en revanche, écoute le vent, regarde la mer, sent le souffle d’air dans une mistoufle, étarque et borde sa voile pour gagner deux degrés au compas, change d’amure, tangonne, hisse, largue la balancine, monte au mât pour décoincer une poulie. Il ne se déconcentre pas à la barre, ne dort jamais pour ne pas déventer son spi la nuit, va droit devant au fil des jours et des nuits, toutes voiles gonflées pour voir à l’aube la terre qui surgit de l’horizon. Il navigue l’hiver la goutte au nez, recherche comme un mordu l’indéfinissable, devient marginal, pousse le vice dans la souffrance et la difficulté comme s’il cherchait un exploit et un record personnel.

 

En fait, comme je ressemble à tous ces marins dans l’âme qui partagent le même amour du bateau bien construit et bon marcheur, à la façon de tel « flâneur » d’autrefois, je raconte l’histoire de mon enfance au bord de la mer, retrace mon premier amour sur un voilier mis à l’eau un vendredi, évoque des lieux maritimes hors des sentiers battus, m’attarde sur un destin fabuleux au chantier Jeanneau, ajoute à votre plaisir des rencontres improbables et retrouve quelques mystères de navigations de bateaux à moteur et voiliers.    

Arrivée de la route du rhum. Florence, Jean-Francois, Roland et Olivier.

Arrivée de la route du rhum. Florence, Jean-Francois, Roland et Olivier.

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